Avouez que les légendes urbaines, les « hoax » et autres théories conspirationnistes, ont quelque chose de fascinant ! Et tout cas, pour ma part, ça me passionne. Il faut dire que l’association « légendes urbaines » et internet, contribue à créer un mélange particulièrement explosif. Mais récemment, la prolifération de ces « hoax » a pris une toute autre dimension, avec la popularité grandissante de ce que l’on appelle pompeusement « les réseaux sociaux », en clair : Facebook, Twitter et consort.

hoax

Vu que le sujet me passionne littéralement, j’aurais beaucoup à dire. Mais je vais tenter de limiter mes ardeurs et publier une série de différents billets, en fonction de l’actualité ou des occasions (qui ne manqueront pas, j’en suis sûr !).

Premier cas : l’alerte Amber

J’avais déjà l’idée de rédiger un tel billet lorsque, le 23 juillet dernier, je vois apparaître dans mon flux de nouvelles Facebook (le « feed » quoi !), une information concernant l’enlèvement d’une petite fille de trois ans et le déclenchement de l’alerte Amber. Il s’agissait d’une mise à jour de statut, dans lequel on retrouvait le numéro de plaque du véhicule de l’agresseur (72B 381 – Ontario), ainsi qu’une demande de relayer l’information dans nos statuts Facebook respectifs.

Dans ce genre de situation, en vieux « routier » du web (mais aussi, faut l’admettre, parce que je me suis fait avoir comme tout le monde à mes débuts), je tiens absolument à trouver une confirmation fiable avant de relayer, comme on me le demande, l’alerte d’enlèvement.

Première chose, mais c’est assez facile lorsqu’il s’agit d’une alerte Amber : regarder les sites de médias traditionnels. Le principe même d’une alerte Amber, réside dans la rapidité et dans la propagation de l’information à la radio, dans les journaux, à la télévision et sur les afficheurs électroniques routiers. De là mes premiers soupçons : aucun site d’information ne parle d’une quelconque alerte Amber. Ni au Québec, ni en Ontario, ni aux États-Unis.

Deuxième étape, je prends une partie du texte du statut Facebook, contenant le numéro de plaque du véhicule et je me sers de mon grand ami Google. Le moteur de recherche confirme alors la supercherie, il s’agit bien d’un « hoax » qui remontrait au 15 juillet dernier, apparu aux États-Unis et se propageant, assez vite merci, au Canada. Vu que le texte du statut était en langue française, il y a quand même quelqu’un, quelque part, qui a pris soin de traduire le message, sans même se demander si le contenu était véridique (à moins qu’il y aie quelque chose d’intentionnel là-dedans).

La recherche m’a pris moins de cinq minutes. Et le temps que je collecte les informations, pour aviser mon chum de la supercherie, déjà plusieurs autres de mes contacts Facebook, s’étaient empressés de faire des copier-coller dans leur statut et plusieurs avaient également relayé « l’information » dans Twitter. Ça va vite, très vite, je vous l’assure !

Deuxième cas : la « vidéo » de Silvio Berlusconi

En début d’après midi, un de mes contacts sur Twitter, relaye l’information d’un autre de ses contacts, dont je reproduis ici le message original :

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Le lien, volontairement réduit pour pouvoir passer dans les 140 caractères de Twitter (pour ceux qui ignorent le principe), renvoi sur une vidéo postée sur YouTube. Dans cette vidéo, on y voit le président du conseil italien, Silvio Berlusconi, en train de mimer la position de la levrette avec une agente de la circulation… à l’insu de cette dernière, faut-il le préciser.

Je vous avouerais que sur le coup, je suis resté sans voix. Certes, Silvio Berlusconi nous a habitué à des comportements plutôt curieux, parfois même déplacés, mais là, on franchit pas mal les limites de l’acceptable.

Puis je regarde la date de publication de la vidéo : 2 février 2007. Comment ai-je pu passer, durant plus de deux ans, à côté de cette vidéo ? Comment ce fait-il que je n’aie pas vu ça dans les médias, y compris sur le site « alternatif » d’information De Source Sûre, qui n’a pas pour habitude d’épargner le personnage ? D’ailleurs, sur ce même site, un dossier assez complet concernant les rapports qu’entretient Silvio Berlusconi avec les femmes, ne fait nulle part mention de l’incident avec l’agente de stationnement.

Mieux encore, suite à la remarque d’un lecteur concernant cette fameuse vidéo (en bas de l’article), la rédaction du site répond laconiquement : « Ce n’est pas un oubli, il s’agit d’un fake. C’est un sosie de notre ami Berlusconi ».

D’accord, mais ma curiosité me commande de chercher un peu plus. Et là, vous vous en douterez, j’utilise de nouveau mon grand ami Google, afin de recueillir d’autres informations.

C’est là que je trouve, sur l’un des blogues du journal français Libération, un article du journaliste Jean Quatremer intitulé « Berlusconi et la policière » (daté de mars 2006 !). Selon ce que Jean Quatremer a pu apprendre de ses homologues italiens, c’est qu’il s’agirait d’un film néerlandais, tourné avec un sosie de Berlusconi. Mais l’usage du conditionnel dans l’article ne me satisfait guère, donc je creuse, mais cette fois, en élargissant la recherche aux films de propagande et de satire.

Je progresse un peu plus dans mes recherches, grâce au site Wonkette, qui parle d’un film satirique allemand sur le président du conseil italien, nommé « Bye Bye Berlusconi ». Un lien vers le site du film est même indiqué. Et là, vous faîtes comme moi le rapprochement : à la fin de la fameuse vidéo de YouTube se trouve un message : « Bye Bye Berlusconi ».

Dans le film donc, le rôle de Silvio Berlusconi est interprété par Maurizio Antonini, manifestement très connu dans la péninsule, puisqu’il apparaît régulièrement dans des émissions de télévision, afin de personnifier l’homme politique italien. D’ailleurs, c’est vrai qu’il y a une ressemblance :

antonini_berlusconi

Ajoutez à cela, la compression vidéo de YouTube, qui altère la qualité de l’image (ainsi que notre bon jugement), le cadrage de la caméra volontairement imparfait, afin de donner l’illusion d’un plan pris « sur le vif », sans oublier, la distance de prise de vue ainsi que, comme on peut l’imaginer, un peu de maquillage : voilà la recette parfaite pour créer un malentendu.

Dans un autre extrait, toujours sur YouTube, on voit beaucoup plus clairement qu’il s’agit du sosie et non pas du véritable personnage. Pourtant, la vidéo est présentée comme étant bien réelle par celui qui l’a posté. En fait, il s’avère qu’il s’agit de plusieurs mises en situation, volontairement disséminées sur le web, afin de faire connaître le film et de créer un « buzz » autour de lui. La méthode n’est pas nouvelle, puisque déjà appliquée par de nombreux réseaux de télévision, afin promouvoir leurs télé-séries.

Dans l’exemple, le film a un côté plus « propagandiste » ayant, de plus, été réalisé un peu avant les élections italiennes. Ensuite, que cela puisse nuire à l’image de Silvio Berlusconi ne doit pas gêner, outre mesure, les créateurs de « Bye bye Berlusconi ».

Les leçons à en tirer

Il est de plus en plus facile de colporter des rumeurs, « hoax » et autres informations fantaisistes. Un simple « retweet » via Twitter, suffit à propager une information vraie ou fausse, à l’ensemble de nos contacts. L’opération, avec n’importe quel logiciel client de Twitter, peut prendre un gros deux secondes !

Lorsque vous savez que le nombre de contacts peut être, dans certains cas, de plusieurs milliers de personnes. Qu’un certain nombre de ces personnes vont, à leur tour, « retweeter » vers leurs propres contacts, inutile de vous dire que les « dommages » peuvent être considérables.

Et ces dommages ne touchent pas seulement la personne ou la marque mise en cause, elles touchent aussi ceux qui propagent cette fausse information. Il en va de votre crédibilité et de votre notoriété auprès de ceux qui vous suivent. Car lorsque le « pot-aux-roses » est découvert, vous pensez bien que la prochaine fois que vous publierez une information, certains de vos contacts se poseront la question de savoir, s’il ne s’agit pas encore un « hoax » !

Si, malgré tout, vous publiez un « hoax », il est essentiel d’en aviser, dès que possible, tous vos contacts. On vous pardonnera beaucoup plus une maladresse, si vous vous donnez la peine de la rectifier.

J’oubliais ! … Juste pour montrer l’étendue du problème : la personne à l’origine du message sur la fausse vidéo de Berlusconi, est une journaliste d’un grand quotidien montréalais. Je n’en dirais pas plus, car cela n’a pas grand intérêt, mais c’est pour vous montrer que cela peut arriver à tout le monde et que la tentation de « réactivité » procurée par Facebook et Twitter, donne souvent l’envie de partager tout de suite ses découvertes et fait même parfois oublier les notions de base du journalisme : une information doit être recoupée par au moins deux sources crédibles, avant d’être diffusée.

Les conseils

C’est bien beau de faire la morale, mais comment prévenir ce genre « d’incident » ? Déjà, je serais tenté de dire, que le travail de recherche que j’ai effectué pour ces deux exemples, devrait être fait en amont par tout le monde. Peut-être pas de manière aussi approfondie, je vous l’accorde, mais on peut prévenir bien des erreurs en effectuant simplement une recherche dans Google.

Deuxième chose, utilisez sans retenue, les sites de référence à ce qui a trait aux « rumeurs » et autres « hoax ». Je donne des adresses à la fin de l’article, mais je vous parlerais d’abord de l’incontournable Hoaxbuster qui, comme son nom l’indique, est un site français. Collez dans la zone « Rechercher », en haut à droite, un bout du texte suspect ou tapez des mots clefs, afin de savoir si l’info est juste ou non. Je peux vous dire que ce site m’a évité, à de très nombreuses reprises, de colporter des « hoax » qui paraissaient, pour certains, relativement crédibles.

Il y a des éléments symptomatiques, qui reviennent assez souvent dans les « hoax », en particulier dans les courriels que l’on reçoit. Déjà, en partant, si le courriel vous demande de relayer l’information auprès de tous vos contacts, quelque en soit la gravité, je peux vous assurer que dans 90% des cas, il s’agit d’un « hoax ». Pour ma part, dès que je vois ce genre de message, c’est direction « Hoaxbuster » dans la minute qui suit ! … Si tant est que le message soit, à la base, suffisamment crédible pour que je m’y intéresse.

Autre point : l’absence de date, de sources officielles ET vérifiables, sont d’autres indices de « hoax ». Ainsi, je me souviens d’un courriel, soit-disant envoyé par la Sûreté du Québec (il y avait même le nom d’un officier de la SQ en bas du courriel), parlant d’agissements ou d’un quelconque crime. Pas de date, pas de lien vers un site officiel pouvant donner l’information… En admettant même que ce courriel soit réel (la SQ en passant, n’utilise JAMAIS le courriel pour diffuser ce genre d’information), depuis combien de temps circule t-il ? Sans date, comment le savoir ?

Récemment, je suis « tombé » sur un « hoax » qui circule depuis que je suis sur le net, c’est-à-dire depuis le milieu des années 1990 ! Inutile de vous dire alors, qu’un « hoax » peut se balader pas mal avant d’aterrir dans votre boîte ! De plus, il est courant que des « hoax » soient modifiés, actualisés ou localisés pour en augmenter la portée. Le cas de la fausse alerte Amber est assez probant à ce niveau.

Pour finir : si c’est trop beau pour être vrai, c’est que ce n’est pas vrai ! Sachez-le ! Jamais personne ne vous donnera un million de dollars, juste pour effectuer une transaction bancaire mineure. Jamais on vous livrera gratuitement des dizaines de bouteilles de vin, juste si vous envoyez le message à tous vos contacts ! Imaginez un peu le nombre de personnes potentiellement « gagnantes » !

Bref, s’il vous plaît, VÉRIFIEZ avant de publier ! Vérifiez pour votre propre crédibilité, mais aussi parce que cela peut prendre trente secondes pour diffuser une rumeur et qu’il faudra déployer beaucoup plus d’énergie, et de temps, pour rétablir les faits.

Pour en savoir plus :